Epilogue : une élection en demi-teintes (violettes)

Après notre description de notre volontariat à CivicCamp pour apporter un peu de transparence à l’opacité de la campagne municipale à Calgary, nous vous proposons un rapide tour d’horizon des résultats en quatre points.

1. L’annonce des résultats. Lundi soir, les bureaux de vote fermaient à 20 heures. Les Calgariens étaient autorisés à s’absenter quelques heures du travail pour aller remplir leur droits citoyens durant la journée. Nous avions décidé de découvrir les résultats aux côtés d’autres CivicCampeurs dans un pub du centre ville. Ambiance assez surréaliste : entre les chopes de bières et l’ambiance taverne, une flopée de geeks derrière leurs ordis portables à Twitter — autant dire que Benjamin s’est senti tout de suite dans son élément. Pas de sondages ou de résultats préliminaires mais un décompte en direct sur le site internet de la ville. Les 227 stations de votes communiquent leurs résultats les unes après les autres et les résultats sont ajoutés au fur et à mesure au tableau des résultats du site officiel de la ville. Autant dire que les résultats définitifs ne furent connus que très tard le soir, voire très tôt le matin suivant. Hormis pour le ward 1, où le combat a été féroce entre deux candidats au coude à coude. Il a fallu un recompte des votes pour les départager : 86 voix les séparaient. Et apparemment la campagne n’a pas toujours volé très haut, le candidate vainqueur ayant attaqué à mots couverts son jeune adversaire au sujet de son homosexualité, le tout dans un ward plutôt conservateur. Pour l’anecdote, nous étions dans le même pub que l’un des candidats du Ward 8 — un nouveau candidat qui n’a récolté que 6% des votes mais dont l’équipe de campagne était pleine d’enthousiasme.

2. La vague violette. La couleur de campagne de Naheed Nenshi est le violet. Une couleur aux interprétations équivoques : si on mélange le bleu du parti conservateur avec le rouge du parti liberal (en anglais, liberal veut dire de centre gauche), vous obtenez… du violet ! Ni de droite, ni de gauche. D’ailleurs Nenshi est souvent décrit comme étant socialement progressiste mais fiscalement conservateur — une possibilité qui, d’après moi, n’est possible que parce que Calgary connaît une forte prospérité économique. Bref, lundi soir une vague violette a submergé Calgary et Nenshi a raflé 74% des votes ! Une popularité qui fait consensus chez les Calgariens de toutes origines et qui n’a été qu’accrue par la gestion admirable des inondations de juin dernier.

Mayor Nenshi, heureux d’être reconduit pour un deuxième mandat ! Quelques heures avant la fin du scrutin, Nenshi proposait sur Twitter aux internautes de voter pour le choix de sa cravate (forcément violette). Celle aux hachures irrégulières a emporté le scrutin haut la main.

3. L’influence des développeurs renforcée au conseil municipal. Vous vous souvenez des différents couacs du lobby des développeurs au sujet de leur implications dans la campagne ?  Que ce soit lors de la fuite de la vidéo où l’on entendait un des pontes des développeurs expliquer comment ils arrosaient les candidats qui défendaient leurs intérêts ou bien lors de la fuite de la compagnie Excel Homes incitant leurs employés a voter pour les « bons »  candidats… Alors quel bilan? Parmi les 14 conseillers élus, 8 étaient dans la liste des développeurs, parmi eux 6 se représentaient pour briguer un nouveau mandat. Ces six candidats avaient également reçu le soutien de Nenshi au début de la campagne, donc le rapport de force n’est pas très clair. Dans notre ward (le 7), la candidate, hostile aux développeurs a été ré-élue haut la main.

4. Entre conservatisme et progressisme : parité et jeunesse. La ville fait moins bien que lors des élections précédentes : seules deux femmes ont été élues au conseil municipal. Dans le ward 4, la candidate qui se représentait, assez progressiste et ouvertement anti-développeurs, a été battu par le candidat des développeurs. Pour se consoler, et tenter de montrer que les villes en Alberta deviennent de plus en plus progressistes, notons que les maires de Red Deer, de Banff et de Fort MacMurray (ville la plus proche de l’exploitation des sables bitumineux) sont des femmes. Notons également, qu’une vague de maires jeunes et dynamiques a aussi déferlé sur les grandes villes de l’Alberta : 34 ans pour le maire d’Edmonton, 35 pour celle de Red Deer et 41 pour Nenshi. Dans une province où la moyenne d’âge est de 36.5 ans, c’est plutôt une agréable note d’optimisme pour la province (et nous-mêmes).

5. Le taux d’abstention remporte la majorité — comme d’hab. Étrangeté de la langue anglaise, on ne parle pas de taux d’abstention mais uniquement de taux de participation (voter turn-out). Ce taux d’abstention est un autre canard boiteux des élections municipales. Seuls 33% des Calgariens sont partis voter. A comparer avec les 53% de 2010, mais également les 33% en 2007. A Edmonton, le taux de participation était de 34,5%, en progression par rapport à 2010 où le taux de participation était de… 34,4%. La seule ville qui a connu un record en matière de taux de participation est la petite ville de High River, avec 61%. Ceci peut s’expliquer par la gestion controversée des inondations de juin dernier où une grande partie de la ville s’est retrouvée engloutie.

Notre théorie, est que l’Alberta est entrée dans une sorte d’ère post-politique. Le taux élevé d’abstention n’est pas vraiment du à un rejet de la classe politique puisque les candidats des élections municipales ne sont pas affiliés à des parties politiques. Il s’agit plutôt d’une indifférence. Famille, maison et individualisme sont le moto de la province : pour vivre heureux, vivons cachés dans notre nid, inutile d’aller voir plus loin — et de prendre le risque de perturber le petit train-train tranquille. Dans une province particulièrement américanisée, on a aussi l’impression que le politique n’a plus vraiment de pouvoir et que le seul vrai pouvoir est économique. Pour le dire autrement, les Albertains ne sont plus des citoyens mais des consommateurs. Une impression renforcée par le laxisme en matière de financement des campagnes. C’était d’ailleurs là le point  de notre départ de notre intérêt pour les élections municipales : c’est quoi cette province où les entreprises achètent les candidats aussi ouvertement ?!

  1. Dr. CaSo dit :

    Le maire d’Edmonton est une femme?? Pas sûre que Don Iveson soit d’accord avec vous ;)

  1. […] Le quartier de Chinatown de Calgary est le quatrième du Canada, après celui des villes de Toronto, Vancouver et Montréal. Son emplacement actuel date de 1910 et il accueille parmi les plus vieux immeubles de Calgary. Quand on s’y promène, on se croirait en Chine (pour y avoir été) : les enseignes des banques canadiennes sont en chinois, les odeurs des petits restos de quartier embaument les rues, les petites boutiques aux étales exotiques proposent des produits que l’on ne trouve nul par ailleurs à Calgary… Enfin j’exagère, car il existe d’autres quartiers concentrant une forte population chinoise.  Par exemple, le ward 4 (pour rappel, le ward est une circonscription municipale), situé au Nord Ouest de la ville, qui compte une forte population chinoise-canadienne a élu un conseiller Chinois-Canadien (Sean Chu) — certains ont également associé cette victoire au soutien que les promoteurs immobiliers ont donné à ce candidat (pour rappel voir le billet sur les élections municipales). […]

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