Comment le parti de la rose triompha se prit une grosse claque dans les pétales (en Alberta)

Ouf ! Le suspens insoutenable prend fin… et comme en France, les instituts de sondage se sont pris une belle claque ! Bref, vous l’aurez compris, la main-mise du PC sur l’Alberta se poursuit pour une 41ème année consécutive ! « Alberta’s Tory empire strikes back » [L’empire Tory de l’Alberta contre-attaque] titrait le Calgary Herald au lendemain des élections ! La menace Wildrose a été évincée et dépouillé de ses épines. Quant aux libéraux et au NDP, ils continuent de survivre tant bien que mal, comme ils le font depuis des décennies. Heureusement, notre représentant libéral, David Swann a sauvé son siège. Tout est donc comme hier et pour le mieux dans la petite province pétrolière. Car à en lire l’analyse des journaux, les « Oil Sands [are] the big winner in Alberta election » (Financial Post du 24 avril 2012) [Les schistes bitumineux, grands vainqueurs des élections provinciales en Alberta]. 

La vague PC a tout ébranlé, déjouant ainsi les prédictions de défaite des sondeurs (ici aussi le jeu des sondages et des commentaires de sondages fait recette), emportant 61 sièges sur 87 ! Le Wildrose, voit quant à lui ses velléités de conquête rose se réduire à 17 sièges. La gauche, elle, ne récolte que quelques miettes circonscriptions. Et le scrutin étant uninominal à un tour, pas de session de rattrapage possible.

La carte des élections provinciales de l'Alberta en 2012: du bleu au nord (le PC, 40 de règnes renouvelés) et du vert au Sud (on se rapproche des États-Unis). Le rouge et le orange, cantonnés dans les villes. (source: National Post, 24/04/2012)

Une analyse rapide de la cartographie électorale nous apprend que :

  • Les valeurs et les idées du Wildrose Party sont plus populaires dans les zones rurales albertaines (seul un représentant a été élu dans une ville, Medicine Hat, au Sud de Calgary). Pas étonnant, il s’agit du plus conservateur des partis albertains, espèce d’extrême-droite locale, mais plutôt sage — qui s’est toutefois laissé aller à une ou deux petites sorties racistes durant la compagne pour mieux s’encanailler. D’ailleurs, on peut observer un drôle de gradient Nord-Sud en Alberta : plus on va vers le Sud, vers les États-Unis, plus les conservateurs l’emportent.
  • Les deux partis de gauche sont des partis citadins. Et les mêmes gradients produisant les mêmes effets, la ville du Sud, Calgary, est plus conservatrice que sa rivale du Nord, Edmonton (seule ville à avoir des élus issus de la gauche de la gauche, les quatre membres du NDP).
  • Notre quartier, la circonscription 21, aussi connu sous le nom de « Mountain View » (ceux qui viendront nous voir, sauront pourquoi), est resté libéral. Et notre représentant, David Swann (venu nous démarcher en voisin voici quelques semaines), a été réélu. Toutes les pancartes plantées dans les jardins ne nous ont donc pas trompé. Nous habitons un quartier riche, mais de centre-gauche (un peu bobo en sorte, on quitte donc le Marais parisien pour son équivalent calgarien).

Enfin, si les débats ont été houleux, cette élection a permis aux novices que nous sommes de rapidement cerner la scène politique de la province, son arène et ses fauves :

  • Nous ne reviendrons pas davantage sur les fauves (s’il vous faut un cours de rattrapage vous reprendrez bien un peu de notre dernier billet), si ce n’est pour préciser qu’Alison Redford, la Première ministre reconduite (première femme à ce poste) a entendu nos interrogations et levé le mystère sur l’oxymore « Progressive Conservative » qui désigne son parti. Dans le Calgary Herald du 25 avril elle explique : « A vision of the province that’s socially progressive and fiscally conservative. » [« Une vision de la gestion de la province qui est socialement progressive et fiscalement conservatrice »]. Il faut penser aux pauvres, mais n’oublions surtout pas les riches. Tout semble beaucoup plus clair à présent.
  • L’arène ensuite : en Alberta, la majeure partie des discussions politiques tourne autour de l’énergie. Le secteur du « Oil and Gas » [pétrole et gaz] fait partie intégrante du quotidien : le matin en une du Herald, le midi sur CBC, le soir sur Calgary-tv. Autant dire qu’il est le le Big Winner des élections. Depuis cinq ans, la province est en déficit budgétaire malgré la croissance de la province. En 2007, le premier ministre de l’époque avait eu l’idée de combler ce déficit en proposant une augmentation des royalties liées à l’extraction du pétrole et du gaz (si les ressources fossiles appartiennent  « symboliquement » à la couronne d’Angleterre, leur gestion est confiée à la province et non à l’Etat fédéral). Ce premier ministre, donc, voulant toucher au pain de la nation albertaine fut envoyé dans les roses et sa propositions ne vit jamais le jour. Alison Redford le remplaça. Et depuis cette date, plus aucun parti conservateur, que ce soit le Wildrose ou le PC, ne remit en question le montant des royalties. Même lors des virulentes joutes oratoires sur les valeurs de l’Alberta et la gestion du déficit. D’ailleurs, dès sa nomination, Alison Redford s’empressa de promouvoir la cause des sables bitumineux auprès de Joe Oliver, le ministre fédéral des Ressources Naturelles… Mais nous verrons cela plus tard, car c’est le début d’une autre, et complexe histoire.
  1. corinne dit :

    Un peu minoritaires les amis de la 21… votez-vous pour la présidentielle française où là vous devriez être majoritaires ???

    • Aïda dit :

      Et le peuple 21 crie: Ré-sis-tan-ce!! No pasaran dans notre « community » !
      Pour la France, je suis bien contente d’être loin des odeurs nauséabondes de l’entre-deux tour. J’ai donné procuration pour faire entendre ma voix. Puissent les urnes m’écouter…

  1. […] Celui de notre ‘Communauté’ (quartier), organisé par notre député (David Swann, souvenez-vous) était en revanche plutôt réussi. Jugez-en plutôt : Fabrique de pancakes à la chaîne Le stand […]

  2. […] la Terre. Nenshi a raflé près de 40% des voies dans une ville pourtant conservatrice (voir notre article sur les élections provinciales). Hé oui, car Mayor Nenshi est le premier maire musulman du Canada. Ses parents ont immigré au […]

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