Calgary à travers ses médias (Acclimatation, phase 2)

Quand on arrive dans un nouveau pays, et surtout dans une nouvelle ville avec une identité aussi marquée que celle de Calgary, la meilleure façon d’appréhender et de comprendre l’état d’esprit des gens – et d’éviter quelques bourdes, dont je suis bien malgré moi, une créatrice impénitente – c’est de recourir aux médias locaux, toujours très instructifs… En quelques mois, nous avons pu nous fondre dans le moule et faire attention où nous mettons les pieds: éviter de les mettre dans le plat de l’énergie,  mettre ses doigts de pieds en éventail devant l’annonce d’une météo clémente, prendre son pied en participant aux évènements festifs de la ville, verser un orteil humide aux histoires d’accidents de voitures ou bien lever un talon perplexe devant les tentatives d’entrave du gouvernement fédéral aux choix politiques albertains…

Souscrire à un journal local permet des découvertes utiles et insoupçonnées. Un soir, une semaine après notre installation dans notre appartement de Sunnyside, notre porte sonne. Deux jeunes lycéens, une fille et un garçon, nous vantent le mérite de nous abonner à un journal local alors que le panneau à l’entrée de l’immeuble informe explicitement que tout démarchage est interdit… Mais, nous préviennent-ils, il ne s’agit de n’importe quel abonnement: 1) le journal est intéressant; 2) cet abonnement leur permettra d’obtenir des fonds dudit journal pour financer on-ne-sait quel projet.

Comment refuser? Nous acceptons donc l’abonnement: 13 semaines pour $39, ce qui reste une bonne affaire. En effet, nous n’allons pas regretter cet élan de générosité! A travers le Calgary Herald, c’est la deuxième phase de notre acclimatation qui commence: il ne s’agit pas d’être à Calgary, il s’agit de devenir Calgarien. Sept jour sur sept, le Calgary Herald est une source intarissable de connaissance et de savoir:

  • Tous les matins, le journal est déposé sur le perron de l’immeuble. Et rien qu’avec ce journal déposé, nous pouvons connaître la météo du jour:  si un élastique enserre le journal, le temps sera sec. Si le journal est glissé dans un sac plastique, le temps sera neigeux (puisqu’il ne pleut pratiquement jamais);
  • Avec les (tonnes de) pubs glissées à l’intérieur chaque mercredi, jeudi, vendredi et samedi, nous connaissons tous les bons plans de Calgary: depuis les magasins de déstockage, jusqu’au produit gagnant que l’on obtient pour plus de $200 d’achat au Superstore (sorte de Carrefour local, en bien plus grand), en passant par les « clearance » suspicieuses… Ainsi, les noms des chaînes sont: Briks, Winners, Cargo XS, Safeway, Sport Check, …;
  • Enfin, le contenu même du journal, nous révèle 1001 facettes de Calgary, des mœurs de ses habitants et de la province de l’Alberta. Les suppléments sont nombreux: Extra News, City & Region, Entertainment, Sport, Friday Movie, et mon préféré, que je m’empresse d’ouvrir avant tous les autres… le Calgary Business.

Notre collection d'élastiques. Conclusion: le temps est très souvent ensoleillé.

Rien de mieux que se réveiller le matin grâce à un ouvre-oeil. A sept heure moins deux, notre radio réveil collector des années 1970’s nous tire de notre sommeil grâce à la matinale locale de CBC radio 1, appelée « Eyes Opener » (Ouvre-yeux). A 7h le journal national. A 7h30 le journal local. Entre les deux des faits divers et des invités qui racontent leur vie privée, leur histoire de bravoure, leur de coup de gueule. A chaque histoire, un problème de Calgary découvert: ici un débat sur la violence du Hockey sur glace dans les clubs où jouent des enfants, là une femme larmoyante devant le traumatisme de sa maison partie en fumée il y a un an; ici un jardin communautaire (Potato for People) parce qu’expulsé par le propriétaire; là encore, le cooéquipié de Benjamin au basket qui promeut sa boîte de T-shirt personnalisés (et drôles)… Hier, la chasse à l’ours ouverte… Nous avons l’impression d’habiter une petite ville…

Et toujours, quelques secondes avant de partir pour le travail, j’écoute attentivement le récapitulatif de la météo qui me permet de m’assurer de l’adéquation de ma tenue vestimentaire avec les exigences de la capricieuse et changeante météo.

Et au cas où, dans la brume matinale, une information m’aurait échappée, je peux m’assurer d’un digne rattrapage, photo à l’appui, dans le Calgary Herald que je consulte dans le métro qui m’emmène à l’Université.

Eyes Opener, notre ami du matin. Toujours ponctuel malgré son âge.

Les sujets médiatiques: scoops et controverses. Les scoops sont nombreux, et presque semblables. En tête arrivent les accidents de voiture, avec de préférence des rescapés, et encore plus si les rescapés sont des enfants. Le summum est atteint lorsque l’histoire a son héros: celui, ou celle, qui, entendant la petite voix de l’enfant dans la carcasse fumante, le sauve de la grillade (histoire véridique). Il ne se passe pas un jour sans que le bison futé local de CBC n’indique, juste avant la météo, la survenue d’un accident sérieux sur les routes de Calgary en pleine heure de pointe. A croire que les voitures automatiques sont trop vives pour la conduite des autochtones… Ensuite arrivent pèle-mêle, les problèmes d’insécurité (meurtre et overdose même si leur occurrence reste très marginale et en bien deça des grandes métropoles européennes et américaine…), les problèmes des embouteillages et les faits de société (facebook, obésité, prostitution…)

Les controverses sont également nombreuses. Celles qui ont entourés le Peace Bridge sont assez drôles et ont accompagné nos trois premiers mois à Calgary. Après la polémique sur les millions supplémentaires que sa construction a coûté ainsi que sur son esthétique souvent incomprise, voilà que pendant une semaine, suite à son inauguration, c’est l’absence de passage piéton juste en face du pont qui fait la une. On interview les jay-walkers, ces piétons-voyous qui traversent en dehors des bandes blanches (voir la photo de l’article de Benjamin) pour comprendre leurs motivations. La police fait même le guet pour appréhender ces délinquants inconscients. D’autres polémiques sont plus courtes mais tout aussi croquantes: dans un quartier, des arbres ont été coupés sans autorisations et sans connaitre les responsables. La une du Herald pendant trois jours. La semaine dernière, ce sont des loups qui ont été empoisonnés dans un zoo. Le propriétaire suspecte des activistes protecteurs des animaux. L’autopsie est en cours…

La politique et l’économie calgaro-albertaise contre le reste du Canada. Le Calgary Herald et Eye Opener ont également joué un grand rôle dans notre éducation politique. Nous avons ainsi pu suivre la campagne des élections provinciales (voir l’article sur la campagne et sur les résultats). Nous avons également découvert les vives tensions qui existent entre le gouvernement fédéral et l’Alberta, et réaliser à quel point le Canada, c’est 13 pays avec un seul drapeau…

La principale pomme de discorde est la gestion des ressources naturelles de l’Alberta. L’explosion de l’extraction des ressources gazières et pétrolières en Alberta, en plus d’être environnementalement catastrophique et d’augmenter les émissions de gaz à effet de serre du Canada, drainerait avec elle Dutsh disease (la maladie du pétrole): le secteur pétrolier, gourmand en investissements pousserait le dollar canadien vers le haut, alors que l’Est du Canada, manufacturière à besoin d’un dollar bas… Les questions énergétiques sont en filigranes dans tous les médias: investissements, construction de pipeline, concertation avec les First Nations – les primo-occupants -, sponsor d’évènements, publicité… L’énergie est partout. C’est ce secteur, rappelons-le qui a fait de Calgary une ville riche et opulente, avec une population qui croît à un rythme fou (+12% environ par an). D’ailleurs, vous l’aurez remarqué, l’énergie revient en filigrane dans presque tous nos billets…

Suite au prochain billet…

  1. Raph dit :

    C’est le radio réveil de Marty McFly !!!! :)

  1. […] de Thanksgiving : notre émission matinale (Eye Opener pour ceux qui n’auraient pas suivi les épisodes précédents) nous expliquait comment recycler de façon inventive les restes de dindes dans les repas des jours […]

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