Bon Samaritain comme un Canadien

Le Canadien est par essence un être gentil, bienveillant et attentionné à l’égard de son prochain. Enfin, en général. En témoignent ces actes de gentillesses anonymes et spontanés qui émaillent régulièrement l’actualité… et notre quotidien.

Une deuxième vie pour son ticket de tram. Les mois où l’on prend des vacances (comme en décembre dernier), il coûte moins cher d’utiliser des tickets à l’unité que d’acheter un pass mensuel. C’est là que j’ai découvert l’étrange manège auquel se livrent certains usagers à l’arrêt Université : plutôt que de jeter leur ticket (valable au total 1h30), ceux-ci le déposent au dessus de la machine à composter, prêt à être réutilisé par un prochain usager. Du coup, j’ai commence à faire pareil… et à parfois bénéficier des tickets d’usagers altruistes !

Besoin d'un ticket de Ctrain ? A la station Université, servez-vous directement au dessus du composteur.

Besoin d’un ticket de Ctrain ? A la station Université, servez-vous directement au dessus du composteur.

Une deuxième vie pour son ticket de stationnement. Selon le même principe du ticket de tram, il n’est pas rare de voir un Canadien proposer son ticket encore valide lorsqu’il quitte son stationnement. Cependant cette astuce ne marche que sur les parkings privés du centre-ville, fonctionnant avec un ticket à afficher sur le tableau de bord. En effet, le stationnement dans les rues de la ville est équipé d’un système super élaboré : pour payer son stationnement, on rentre le numéro de l’îlot où l’on est garé et sa plaque d’immatriculation dans une borne automatique. Du coup, pas de ticket ni de pervenches… mais une voiture incroyable bardée de caméras qui parcoure les rues de la ville, scanne les plaques d’immatriculation et aligne électroniquement les prunes au besoin.

Armées de caméras, les voitures de ParkPlus sillonnent les rues de Calgary et alignent les contrevenants en temps réel.

Dignes de Big Brother, les perfides voitures de ParkPlus sillonnent les rues de Calgary et alignent les contrevenants en temps réel. (image Flickr)

Payer une journée de cafés au Tim Horton’s. Cette histoire date d’il y a quelques mois et a fait des émules. Les Canadiens sont de grands consommateurs de cafe. Non, pas le petit noir serré comme on en raffole à Paris : plutôt le jus de chaussette bien dilué et servi en grande taille. Et au pays du café des adorateurs de café filtre, Tim Horton’s (aka Timmies) est une institution – il faut voir les files d’attente devant chacun des Tim Horton’s de la ville tous les matins. (Ha, je crois n’avoir jamais précisé un trait important de culture canadienne : le Canadien est aussi un être patient qui aime beaucoup, beaucoup, faire la queue.) Et donc, en ce matin de juillet 2013, un homme entre dans un Tim Horton’s d’Edmonton (capitale de l’Alberta) et se renseigne sur le nombre de cafés vendus chaque jour dans la boutique. Et voilà donc notre bon Samaritain commander 500 cafés, régler en carte bleue (environ 900 dollars)… et faire le bonheur des clients de la journée ! Une histoire comme en raffolent les médias Nord-Américains, qui le désignent sous le nom générique de « Random Act of Kindness » — acte de générosité aléatoire en bon français. Bon oui, cette histoire n’est pas sans rappeler les « cafés suspendus » qui ont débarqué il y a quelques mois en France… la démesure Nord-Américaine en plus !

Echarpe en libre service. Autre province, autres moeurs. L’histoire se passe il y a quelques semaines à Ottawa, où les températures ont chuté jusque dans les -20°C. Notre généreux bienfaiteur a disposé des écharpes aux cous de statues dans un parc, avec sur chacune une petite étiquette indiquant : « I’m not lost! If you’re stuck out in the cold, take this scarf to keep warm! » (en bon français : « Je n’ai pas été perdue ! Si vous êtes coincés dehors dans le froid, prenez cette écharpe pour vous tenir chaud ! »).

Les Canadiens inventent l'écharpe en libre-service !

Les Canadiens inventent l’écharpe en libre-service ! (image Reddit)

Et Calgary, nous demanderez-vous. Il y a une initiative que nous aimons beaucoup à Calgary, même si nous n’en profitons par assez : celle des petites bibliothèques gratuites. Initié en 2012, son concept est simple : installer devant chez soi une petite boîte, dans lesquels vous déposez livres et DVD. Les passants sont invités à se servir gratuitement ou à en faire autant. En moins de deux ans, plus de 50 de ces mini-bibliothèques ont fleuri dans les rues de la ville !

Culture en libre-service dans les rues de Calgary

Une des mini-bibliothèques installées à quelques rues de chez nous.

Deux fois par an, nous devons changer nos roues — mettre les pneus neige en hiver, les pneus toutes-saisons en été. Il se trouve que notre parking donne sur un pub plus ou moins fréquenté de Kensington. Il se trouve aussi que l’alliage des jantes a tendance à fusionner avec l’acier des moyeux (oui, je sais, c’est technique) et que donc décoller les roues des moyeux prend souvent plusieurs heures, WD40 et coups de masse inclus ! Je crois que c’est une histoire que nous avons déjà racontée sur notre blog, mais à chaque opération de changement de roues, il se trouve toujours plusieurs Canadiens pour venir nous donner le coup de main.

Deux ans après notre arrivée, la définition de l’identité canadienne est toujours une question non résolue. C’est vrai, qu’est-ce qui réunit un Québecois, un Albertain, un « Newfie » (habitant de Terre Neuve), un Britanno-Colombien, un Ontarien, un Manitobain ? Aux Etats-Unis, un drapeau étoilé, un discours universaliste, un mythe fondateur — et éventuellement quelques campagnes militaires à l’étranger — forment le ciment de la Nation. Mais au Canada ? Si l’on met de côté la feuille d’érable, il nous semble que la gentillesse et la bienveillance des Canadiens constituent un trait indéniable de l’identité canadienne. A suivre.

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