Il était une fois en Amérique

Posted in Energie, Pétrole on avril 13th, 2014 by Benjamin – Be the first to comment

Il se passe quelque chose de fou en Amérique. Après plus de 50 ans de déclin, le pétrole se remet à couler à flots. Au point que l’Amérique du Nord est entrée dans une nouvelle ère du pétrole, mettant fin à trois décennies d’insécurité en approvisionnement. Cette nouvelle donne ne va cependant pas sans un certain nombre de défis pour les Etats-Unis et le Canada, avec potentiellement d’importantes répercussions économiques, environnementales et géopolitiques. Ce billet propose un petit condensé de deux articles que j’ai récemment publiés à ce sujet.

Une révolution plurielle. Si ce renouveau du pétrole prend des formes très différentes aux Etats-Unis et au Canada, elles ont pour point commun de reposer sur le développement du pétrole non-conventionnel. Aux Etats-Unis, la combinaison du forage horizontal et de la fracturation hydraulique (le fameux « fracking ») a déclenché la révolution du gaz et du pétrole de schiste. L’une de ses principales caractéristiques est le fait que ce nouveau type de puits a des rendements qui décroissent très, très rapidement après leur forage. Ce qui fait qu’il faut forer de nombreux puits pour maintenir un niveau de production constant. Au Canada, la révolution du pétrole est très différente : elle repose sur l’exploitation des sables bitumineux, localisés pour la majeure partie en Alberta. A l’inverse du pétrole de schiste, ceux-ci exigent une longue planification en amont et offrent des rendements parfaitement prévisibles — en cela, ce n’est pas exactement une révolution, même si la récente hausse du prix du pétrole l’a soudain rendu soudainement attractif. En revanche, le bitume produit n’est pas facile à transporter par pipeline ou à transformer en produits raffinés, tant il est lourd et dense (pensez à de la mélasse). Il subit donc généralement des opérations supplémentaires avant d’être acheminé jusqu’aux raffineries.

Production de pétrole en Amérique du Nord

La production de pétrole en Amérique du Nord : boom soudain aux Etats-Unis, décollage progressif au Canada (statistiques et projections de l’Energy Information Agency américaine et de l’Office National de l’Energie canadien).

L’accès au marché. Ce renouveau de production touche des régions qui ne sont pas historiquement des régions productrices de pétrole — ou, du moins, pas dans les proportions actuelles — et de ce fait sont mal connectées au marché que sont les raffineries. Au Canada, la région en pleine croissance est l’Alberta, province enclavée entre les prairies et les Rocheuses ; aux Etats-Unis, une grande partie de la nouvelle production provient du champ de Bakken, principalement situé en Dakota du Nord. Quant à la capacité de raffinage, elle se situe pour l’essentiel en Amérique du Nord dans le Mid-Ouest américain (à proximité des grands foyers de consommation) et le Golfe du Mexique (notamment pour un accès facile au marché international). Dans cette configuration, un problème essentiel est la capacité limitée du réseau de pipelines qui transporte le pétrole brut des champs pétrolifères jusqu’aux raffineries. Les pipelines actuels sont déjà saturés et d’ici quelques années ne suffiront plus du tout à desservir la production de l’Alberta et du champ de Bakken. Tout ceci explique l’intense lobby organisé autour du pipeline Keystone XL qui à lui seul donnerait un bon bol d’air frais aux compagnies pétrolières en Alberta. En attendant la décision américaine finale au sujet de la réalisation ou non de ce projet (ainsi qu’une flopée d’autres pipelines moins médiatiques), la situation profite aux raffineries (la capacité limitée encourage des prix du brut à la baisse) et fait le beurre du transport de pétrole par train (en Amérique du Nord les convois de marchandise peuvent aligner les wagon-citernes sur plusieurs kilomètres de long).

Figure-4

Au sud ? A l’est ? A l’ouest ? En Amérique du Nord, les pipelines ne savent plus où donner de la tête. Les marchés les veulent partout, mais les citoyens nulle part.

L’accès aux nouveaux marchés. L’avenir du pétrole ne se situant pas en Amérique du Nord, une autre série de pipelines a été proposée pour désenclaver l’Alberta. Un premier jeu voudrait traverser les Rocheuses pour accéder aux ports de Colombie Britannique et ainsi exporter sur les marchés asiatiques dont la demande est en pleine croissance (pensez juste à la Chine et l’Inde). Un autre jeu de pipelines vise à apporter l’indépendance énergétique au Canada. Parce que oui, c’est là un paradoxe pas des moindres : alors que l’Alberta produit presque deux fois plus de pétrole que le Canada ne consomme, la grande majorité de la production part aux Etats-Unis. Pendant ce temps, l’est du Canada (pour faire vite : le Québec et les provinces maritimes) doivent importer de grandes quantités de pétrole au prix du marché international — généralement 20 à 30% plus cher que le marché intérieur. Les raisons à cette situations sont plurielles (échec d’une stratégie énergétique nationale sous Trudeau, compétence provinciale de l’énergie, régulation des échanges dominée par les lois du marché, etc.) mais il ne s’agit à mes yeux que d’un exemple de plus où le Canada préfère exporter sa création de valeur aux Etats-Unis plutôt que de desservir son marché intérieur.

Vers une ère de l’insécurité dans l’accès au marché ? De 1973 à 2008, l’Amérique du Nord était dans une ère du pétrole définie par une insécurité de l’offre, marquée par des chocs pétroliers qui lui a fait réaliser sa dépendance aux énergies fossiles. La réponse à cette insécurité s’était faite de deux manières : une réponse intérieure d’une part, visant à réduire la consommation ; une réponse géopolitique d’autre part, visant à sécuriser l’accès au Golfe persique. Si bien que le coût du pétrole avait un coût caché : celui de la présence militaire américaine dans un certain nombre de pays producteurs et de quelques guerres menées « au nom de la démocratie ». En l’état actuel des choses, le renouveau du pétrole accompagné de difficultés à reconnecter production et marchés intérieurs pourrait mener l’Amérique du Nord dans une ère de l’insécurité de l’accès au marché. En effet, la majorité des projets de pipelines proposés sont aujourd’hui controversés, principalement du fait de quatre argumentations :

  • Gaz à effets de serre et changement climatique : la production et la transformation de pétrole non conventionnel (tels que les sables bitumineux et le pétrole de schiste) requièrent beaucoup plus d’énergie que le pétrole conventionnel. L’énergie utilisée étant majoritairement fossile, ce pétrole, avant même d’être consommé dans votre voiture, a déjà émis jusque 20% d’émissions de gaz à effet de serre en plus qu’un pétrole conventionnel du Moyen-Orient. Par ailleurs, beaucoup de détracteurs soulignent que le développement de ces ressources ne ferait que perpétuer notre dépendance au pétrole — et donc reculer la transition énergétique.
  • L’empreinte eau : si le pétrole de schiste et les sables bitumineux utilisent des techniques de production différentes, leur point commun est d’être particulièrement gourmandes en eau (par exemple, une fracturation hydraulique nécessite plusieurs millions de litres d’eau). Par ailleurs, ces techniques comportent d’importants risques de contamination des eaux de surface ainsi que des nappes phréatiques.
  • Les déversements accidentels : plus qu’une simple posture NIMBY, de récents accidents de pipelines et de trains pleins de produits pétroliers (pensez à Lac-Mégantic) ont défrayé la chronique ces dernières années.
  • Les traités avec les Premières Nations (au Canada uniquement) : une grande partie des champs pétrolifères, ainsi que des tracés de pipelines sont situés sur des réserves indiennes. Or, une partie de ceux-ci contestent les traités signés avec le gouvernement canadien au XIXe siècle.

Vers une baisse de la demande en pétrole en Amérique du Nord. Autant incroyable que cela puisse paraître, de nombreux indices laissent à penser que les Etats-Unis et le Canada pourraient consommer beaucoup moins de pétrole dans les décennies à venir. En premier lieu vient la compétition de nouvelles énergies, plus ou moins vertes, mais souvent moins chères ou subventionnées. Le gaz naturel se développe à grande vitesse pour les chaines logistiques (grâce à un gaz naturel très bon marché du fait de la révolution du gaz de schiste), les biocarburants (ethanol et biodiesel) sont encouragés par la réglementation américaine Open Fuel Standard Act (2011), de même que la voiture électrique dont la technologie a fait un bond en l’espace de quelques années. Ensuite vient une demande en pleine restructuration du fait d’une multitude de facteurs. Les nouvelles technologies ont totalement bouleversé notre rapport au travail, au voyage, à la consommation, et de manière plus générale, nos interactions sociales. La génération Y, imprégnée de culture numérique, a été totalement façonnée par ces grandes transformations sociétales, et adopte un mode de vie à l’opposé de la génération X, obsédée par la voiture et le pavillon de banlieue dans l’Amérique de l’après-guerre. Développement de programmes de voitures partagées (Car2Go croit à grande vitesse partout en Amérique du Nord), adoption de modes de vie urbains et de modes de déplacements doux (vélo, trottinette, marche à pied), redensification des villes, l’impact de ces changements de comportements sur les besoins en transport est, et sera, considérable.

L'acceptation sociale

L’acceptation sociale des nouveaux pipelines peut ouvrir ou fermer le robinet du pétrole. Et mener à un marasme économique… ou une meilleur redistribution des revenus pétrole, en particulier pour financer les technologies vertes.

Quel scénario pour demain ? Boom de la production de pétrole SANS accès suffisant au marché ASSOCIÉ à une réduction de la demande ne constitue pas une très bonne équation économique. Dans cette équation, l’acceptation sociétale pour la construction de nouveaux pipelines semble la seule clé à même d’empêcher un marasme économique qui découlerait d’une surproduction continentale — c’est ce que tente de résumer l’image précédente. Imaginons maintenant que cette acceptation sociétale se fasse contre un engagement de réinvestir une partie de l’argent de la manne pétrolière dans les technologies vertes, pour développer un secteur d’avenir et verdir le système énergétique. Je dis ça, je dis rien, mais il me semble que le Canada — j’aimerais inclure les Etats-Unis, mais je préfère être réaliste — aurait là quelques arguments à emporter dans ses bagages lors de la prochaine conférence sur le changement climatique organisée à Paris en 2015 (COP21). Et peut-être qu’ainsi Calgary ne sera un jour plus la capitale canadienne du pétrole, mais pleinement la capitale énergétique du Canada.

Pour aller plus loin, voici les liens vers deux articles que j’ai récemment co-écrits à ce sujet :

Plongée dans le grand Ouest Canadien

Posted in Non classé on mars 11th, 2014 by Benjamin – 3 Comments

C’est un billet que j’aurais voulu écrire la semaine dernière mais qui a raté son rendez-vous avec le blog. Tant pis, je le poste tout de même, parce que l’Ouest du Canada n’arrive que trop rarement jusqu’aux médias français – et parce que personne ne connait Calgary en France. (Si, si, demandez autour de vous, vous verrez : pour les Français, Canada = Québec.)

L’émission « Echappées belles » (tous les samedi soirs sur France 5) consacrait la semaine dernière son émission à une « Plongée dans le Grand Ouest canadien », plus précisément à l’Alberta, coincée entre les prairies et les Rocheuses. Durant 1h30 (ou presque : à un moment donné l’émission part faire un tour au Brésil), le présentateur Jérôme nous emmène tour à tour sur les pistes de ski des Rocheuses (qui n’est pas Sunshine, où nous avons nos habitudes), nous promène dans la ville de Calgary (vue de la Calgary Tower comprise), nous fait visiter une fabrique de chapeaux de cow-boys puis un Ranch (yiiihaaaa, c’est le quart d’heure rodéo !), nous fait faire de l’escalade sur glace (ah le fameux canyon Grotto que nous parlons d’explorer depuis quelques temps), nous ballade en chiens de traineau et en motoneige (avec relève des pièges de trappeurs en prime).

Une belle trouvaille de ma grand-mère que nous nous sommes empressés de regarder la semaine dernière. L’ensemble fleure bon la carte postale d’une Alberta intemporelle mais retranscrit assez fidèlement la grandiosité des paysages et l’omniprésence de la nature. Et tant pis si l’on ne parle pas du pétrole, de loin l’obsession numéro 1 des nouveaux Albertains. En bref, c’est l’Alberta du Stampede (vous savez, la grande fête des cow-boys), de nos week-ends et de nos vacances que vous verrez – pas celui de notre vie quotidienne.

L’émission a été tournée cet hiver, comme le prouve la neige abondante dans les paysages et le froid agressif enduré par le pauvre Jérôme. En effet, comparé à l’hiver précédent, cet hiver a été un hiver blanc – et non marron, couleur des prairies desséchées par le soleil – et particulièrement endurant – le thermomètre a affiché jusque -44 degrés Celsius le week-end dernier !

Si vous voulez voir l’émission, il vous faudra passer par les circuits non-officiels du web. Parce que oui : on a beau avoir un VPN (qui nous permet de regarder les émissions en replay comme si nous étions en France), nous avons complètement oublié que, en France, le replay ça ne fonctionne que 7 jours ! Argh. Mais si vous tenez vraiment à voir l’émission (allez, on vous aide), sachez que je l’ai aperçue en téléchargement sur un célèbre site de partage de vidéos qui a « 411 » dans le nom.

Edit2: j’ai retiré la bande-annonce de notre blog du fait qu’elle se mettait en lecture automatique à chaque ouverture de notre site.

Ville champignon, ville sans pignon sur rue

Posted in Calgary on mars 3rd, 2014 by Aïda – 1 Comment

A Calgary, il y a une expression que l’on retrouve régulièrement dans les journaux, les émissions, les débats politiques et les discussions de la vie de tous les jours… Une expression qui divise — ce qui est rare pour le Canada. Il s’agit de l’expression « urban sprawl », ou « étalement urbain en bon français ». Imaginez une ville qui fait sept fois la superficie de Paris intramuros, mais avec deux fois moins d’habitants. Le tout avec une croissance démographique à deux chiffres : +12% de population supplémentaire rien qu’entre 2009 et 2013 — parmi lesquels vos serviteurs. 

À Calgary, l’aménagement urbain est un sujet très sensible. En quelques décennies, la croissance démographique a explosé, alimentée par le développement des activités de l’industrie pétrolière — cette dernière ayant fait de la ville son siège sociale. Entre 1984 et 2013, la population a été quasiment multipliée par deux (1984 : 620 692 ; 2013 : 1 149 550).

Et comme dans beaucoup de villes Nord Américaines, le modèle du développement urbain a été celui de la « suburb » (« banlieue pavillonnaire ») avec des maisons individuelles de plus en plus grandes au fil des années, équipées de double-garages et jouxtées de jardins privatifs. Ces banlieues s’étalent autour du Downtown (centre-ville) qui concentre les activités économiques dans de grandes tours qui rivalisent de forme, de taille et de noms. Les banlieues s’étalent à perte de vue, et ce qui formait la limite de la ville il y a vingts ans, se retrouve maintenant dans la « petite couronne » du Downtown. La vidéo ci-dessous retrace la spectaculaire croissance de la ville entre 1892 et 2016.

Ce genre de développement promouvant une très faible densité et le « mode de vie » américain, est loin d’être soutenable. Imaginez l’empreinte au sol ! Le changement d’affectation des sols modifie l’écoulement des eaux de pluie (et de neige) et empiète sur le territoire des coyotes et autres animaux des prairies (heureusement les bisons sauvages ont tous été exterminés depuis longtemps). Cliquez ici pour voir une petite vidéo poétique courte et percutante retraçant l’étalement urbain de Calgary.

Et puis pour se déplacer au sein de chaque banlieue, d’une banlieue à une autre ou pour aller jusqu’au centre ville, il faut emprunter une voiture, du fait de la technique du cul-de-sac (en français dans le texte, prononcez « cou-dé-saque »). Le zonage urbain ne prévoit par ailleurs aucune mixité : la fonction résidentielle de la ville est nettement séparée de la fonction commerciale. Résultat : pour aller faire ses courses et autre emplettes, point ou peu de commerces de proximités, mais souvent une autoroute à emprunter pour se retrouver dans un mall — centre commercial — dont l’ambiance dénaturalisée vous fait perdre la notion du temps.

Cependant, depuis quelques années, la ville de Calgary tente de corriger le tir en promouvant les transports en commun (extension des deux lignes de tramway existantes, discussion sur des pistes cyclables protégées dans le centre ville, projet de créer une troisième ligne de tramway) et en densifiant les quartiers à proximité des transport en commun. Par exemple, notre quartier, Sunnyside, a vu ces deux dernières années la démolition d’un certain nombre de petites maisons individuelles pour les remplacer par de petits immeubles de quatre à cinq étages. Du coup, cela crée plus de vie dans le quartier : les commerçants ont plus de clientèle, les gens délaissent leur voiture et préfèrent marcher dans la rue et emprunter les transports en commun.

Autre problème soulevé par l’étalement urbain : sa voracité en infrastructures et en services, et donc en argent. Pour chaque nouvelle banlieue construite, ce sont également de nouvelles infrastructures et services que la ville doit financer, depuis la collecte des déchets, jusqu’à la construction de nouvelles casernes de pompiers et d’hôpitaux (dont le radius d’intervention est règlementé) en passant par le service de déneigement et d’entretien de la chaussée, l’extension des canalisations et des lignes de distributions. Il faut également inclure la construction d’écoles, l’éclairage publique et tout autre bien commun.

Certes cela est vrai pour tout nouveau développement. Mais toute la différence réside dans la notion d’économie d’échelle: collecter les déchets d’un immeuble de plusieurs habitations revient moins cher que de parcourir des centaines de kilomètres de petites rues pavillonnaires. De même, entretenir une canalisation alimentant un immeuble de plusieurs habitations revient moins cher que la maintenance d’un réseau capillaire de canalisation. Du coup, chaque nouvelle extension à faible densité coûte cher à la ville. D’autant plus cher que les revenus générés par les lotissements pavillonnaires – à travers la taxes locales – ne compensent pas les surcoûts. Encore une fois, une ville tire plus de revenue de sa taxe sur la propriété lorsque les habitations sont denses, plutôt que disséminées… A cause de ce déséquilibre entre coût de l’étalement urbain et faibles revenus, la ville de Calgary prévoit un fort déficit dans son budget pour les années à venir — jusque 7 milliard de dollars d’ici 2021 (voir Calgary Long Range Financial Plan, p. 24).

Enfin, les banlieues excluent — et ce, de deux façons. Premièrement, la construction de ces banlieues fait en sorte d’exclure les Calgariens qui n’y habitent pas, que ce soit par des marques physiques pour marquer une frontière ou bien par la privatisation de certains services comme les quartier de Bonavista Lake ou McKenzie au sud de Calgary. Ces deux quartiers bénéficient chacun d’un lac artificiel (patinoire en hiver, lien de promenade et de baignade en été) qui n’est accessible qu’aux membres payant leur cotisation… et habitant le quartier. Une forme moderne de ségrégation spatiale en somme.

Deuxièmement, la banlieue version nord-américaine exclue socialement ceux qui y habitent. Il n’y a peu de possibilités d’interagir socialement avec l’extérieur puisque il n’y a ni commerce ni personne dans la rue. Et que tout déplacement se fait de façon anonyme, à travers la voiture. Dans les banlieues très peu de lieux publics où socialiser : pas de café avec terrasse, pas de rue commerçante… En plus il faut compter un bon trois-quart d’heure de voiture entre la limite sud et la limite nord de la ville (quand il n’y a pas de bouchons bien sûr). Sortir voir des amis qui habitent l’autre bout de la ville relève parfois de l’expédition.

Pour comprendre la banlieue nord américaine et son impact social, je recommande deux films: American Beauty de Sam Mendez (un exemple plutôt extrême comparé à Calgary) et The Radiant City, à propos de la ville de Calgary (voir ci-dessous).

Un grand merci à notre ami Grant, Ontarien de naissance et Calgarien d’adoption. Toujours au fait des derniers développements urbains, je lui dois plusieurs vidéos reprises dans cet article.

Bon Samaritain comme un Canadien

Posted in Calgary, Le Canadien cet être de paradoxes on février 17th, 2014 by Benjamin – Be the first to comment

Le Canadien est par essence un être gentil, bienveillant et attentionné à l’égard de son prochain. Enfin, en général. En témoignent ces actes de gentillesses anonymes et spontanés qui émaillent régulièrement l’actualité… et notre quotidien.

Une deuxième vie pour son ticket de tram. Les mois où l’on prend des vacances (comme en décembre dernier), il coûte moins cher d’utiliser des tickets à l’unité que d’acheter un pass mensuel. C’est là que j’ai découvert l’étrange manège auquel se livrent certains usagers à l’arrêt Université : plutôt que de jeter leur ticket (valable au total 1h30), ceux-ci le déposent au dessus de la machine à composter, prêt à être réutilisé par un prochain usager. Du coup, j’ai commence à faire pareil… et à parfois bénéficier des tickets d’usagers altruistes !

Besoin d'un ticket de Ctrain ? A la station Université, servez-vous directement au dessus du composteur.

Besoin d’un ticket de Ctrain ? A la station Université, servez-vous directement au dessus du composteur.

Une deuxième vie pour son ticket de stationnement. Selon le même principe du ticket de tram, il n’est pas rare de voir un Canadien proposer son ticket encore valide lorsqu’il quitte son stationnement. Cependant cette astuce ne marche que sur les parkings privés du centre-ville, fonctionnant avec un ticket à afficher sur le tableau de bord. En effet, le stationnement dans les rues de la ville est équipé d’un système super élaboré : pour payer son stationnement, on rentre le numéro de l’îlot où l’on est garé et sa plaque d’immatriculation dans une borne automatique. Du coup, pas de ticket ni de pervenches… mais une voiture incroyable bardée de caméras qui parcoure les rues de la ville, scanne les plaques d’immatriculation et aligne électroniquement les prunes au besoin.

Armées de caméras, les voitures de ParkPlus sillonnent les rues de Calgary et alignent les contrevenants en temps réel.

Dignes de Big Brother, les perfides voitures de ParkPlus sillonnent les rues de Calgary et alignent les contrevenants en temps réel. (image Flickr)

Payer une journée de cafés au Tim Horton’s. Cette histoire date d’il y a quelques mois et a fait des émules. Les Canadiens sont de grands consommateurs de cafe. Non, pas le petit noir serré comme on en raffole à Paris : plutôt le jus de chaussette bien dilué et servi en grande taille. Et au pays du café des adorateurs de café filtre, Tim Horton’s (aka Timmies) est une institution – il faut voir les files d’attente devant chacun des Tim Horton’s de la ville tous les matins. (Ha, je crois n’avoir jamais précisé un trait important de culture canadienne : le Canadien est aussi un être patient qui aime beaucoup, beaucoup, faire la queue.) Et donc, en ce matin de juillet 2013, un homme entre dans un Tim Horton’s d’Edmonton (capitale de l’Alberta) et se renseigne sur le nombre de cafés vendus chaque jour dans la boutique. Et voilà donc notre bon Samaritain commander 500 cafés, régler en carte bleue (environ 900 dollars)… et faire le bonheur des clients de la journée ! Une histoire comme en raffolent les médias Nord-Américains, qui le désignent sous le nom générique de « Random Act of Kindness » — acte de générosité aléatoire en bon français. Bon oui, cette histoire n’est pas sans rappeler les « cafés suspendus » qui ont débarqué il y a quelques mois en France… la démesure Nord-Américaine en plus !

Echarpe en libre service. Autre province, autres moeurs. L’histoire se passe il y a quelques semaines à Ottawa, où les températures ont chuté jusque dans les -20°C. Notre généreux bienfaiteur a disposé des écharpes aux cous de statues dans un parc, avec sur chacune une petite étiquette indiquant : « I’m not lost! If you’re stuck out in the cold, take this scarf to keep warm! » (en bon français : « Je n’ai pas été perdue ! Si vous êtes coincés dehors dans le froid, prenez cette écharpe pour vous tenir chaud ! »).

Les Canadiens inventent l'écharpe en libre-service !

Les Canadiens inventent l’écharpe en libre-service ! (image Reddit)

Et Calgary, nous demanderez-vous. Il y a une initiative que nous aimons beaucoup à Calgary, même si nous n’en profitons par assez : celle des petites bibliothèques gratuites. Initié en 2012, son concept est simple : installer devant chez soi une petite boîte, dans lesquels vous déposez livres et DVD. Les passants sont invités à se servir gratuitement ou à en faire autant. En moins de deux ans, plus de 50 de ces mini-bibliothèques ont fleuri dans les rues de la ville !

Culture en libre-service dans les rues de Calgary

Une des mini-bibliothèques installées à quelques rues de chez nous.

Deux fois par an, nous devons changer nos roues — mettre les pneus neige en hiver, les pneus toutes-saisons en été. Il se trouve que notre parking donne sur un pub plus ou moins fréquenté de Kensington. Il se trouve aussi que l’alliage des jantes a tendance à fusionner avec l’acier des moyeux (oui, je sais, c’est technique) et que donc décoller les roues des moyeux prend souvent plusieurs heures, WD40 et coups de masse inclus ! Je crois que c’est une histoire que nous avons déjà racontée sur notre blog, mais à chaque opération de changement de roues, il se trouve toujours plusieurs Canadiens pour venir nous donner le coup de main.

Deux ans après notre arrivée, la définition de l’identité canadienne est toujours une question non résolue. C’est vrai, qu’est-ce qui réunit un Québecois, un Albertain, un « Newfie » (habitant de Terre Neuve), un Britanno-Colombien, un Ontarien, un Manitobain ? Aux Etats-Unis, un drapeau étoilé, un discours universaliste, un mythe fondateur — et éventuellement quelques campagnes militaires à l’étranger — forment le ciment de la Nation. Mais au Canada ? Si l’on met de côté la feuille d’érable, il nous semble que la gentillesse et la bienveillance des Canadiens constituent un trait indéniable de l’identité canadienne. A suivre.

Nouvel an Chinois !

Posted in Calgary, Calgary pratique on février 9th, 2014 by Aïda – Be the first to comment

Le temps file plus vite que notre capacité à tenir à jour nos activités et notre vie à Calgary. Il y a deux semaines nous avons célébré le nouvel an chinois au centre culturel chinois de Calgary. Un évènement important puisque la communauté chinoise est aussi vieille que la ville de Calgary et que la communauté ‘Chinese-Canadian’ représente environ 6% de la population.

Nous avons fêté notre entré dans l’année du cheval au Centre Culturel Chinois. Bien que nous connaissions bien le quartier du Chinatown (surtout pour ces bons restaurants et les promenades le long du Bow), c’était la première fois que nous entrions dans son centre culturel. Construit en 1992, cette immense bâtisse s’inspire du « Temple of Heaven » (Temple du Paradis ?) à Pékin qui lui fût construit en 1420. Le plafond et les colonnes sont en effet spectaculaires !

L’histoire de la communauté chinoise de Calgary remonte à l’arrivée de la voie ferroviaire transcanadienne en 1886. Les premiers migrants chinois travaillaient à la construction de cette ligne. De quelques dizaines de personnes au début du vingtième siècle, la communauté chinoise représente aujourd’hui environ 135 000 personnes en Alberta (dont 75 000 à Calgary et dans ses environs). La communauté chinoise se compose aussi bien de nouveaux migrants que de Canadiens installés depuis une ou plusieurs générations. Ces derniers sont parfois désignés sous l’acronyme CBC (qui est aussi le nom de la télé/radio nationale), pour « Canadian born Chinese » selon le Urban Dictionary.

Chinatown

Bienvenue dans Chinatown ! Dans Chinatown, tout est écrit en Chinois… Pas de français à l’horizon!

Le quartier de Chinatown de Calgary est le quatrième du Canada, après celui des villes de Toronto, Vancouver et Montréal. Son emplacement actuel date de 1910 et il accueille parmi les plus vieux immeubles de Calgary. Quand on s’y promène, on se croirait en Chine (pour y avoir été) : les enseignes des banques canadiennes sont en chinois, les odeurs des petits restos de quartier embaument les rues, les petites boutiques aux étales exotiques proposent des produits que l’on ne trouve nul par ailleurs à Calgary… Enfin j’exagère, car il existe d’autres quartiers concentrant une forte population chinoise.  Par exemple, le ward 4 (pour rappel, le ward est une circonscription municipale), situé au Nord Ouest de la ville, qui compte une forte population chinoise-canadienne a élu un conseiller Chinois-Canadien (Sean Chu) — certains ont également associé cette victoire au soutien que les promoteurs immobiliers ont donné à ce candidat (pour rappel voir le billet sur les élections municipales).

Benjamin caligraphie

Benjamin s’applique pour écrire le complexe idéogramme du cheval ! Un atelier calligraphie était proposé en parallèle des danses et concerts de musique chinoise.

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Le centre culturel chinois vu de l’extérieur.

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L’intérieur du centre culturel.. Grandiose! (photo empruntée au site du centre culturel chinois).

L’art de manger : étude comparative Paris-Calgary

Posted in Acclimatation, Alberta on janvier 21st, 2014 by Aïda – 6 Comments

Benjamin et moi sommes rentrés en France pour les fêtes. L’occasion, deux ans après notre départ, de revoir famille (beaucoup) et amis (un peu). L’occasion aussi de renouer avec la gastronomie française, et surtout, avec le service à la française ! Voici un petit billet comparant les cultures de la table entre Paris et Calgary. En tant que doctorante préparant une thèse adoptant une méthodologie comparative et qualitative, vous êtes entre de bonnes mains pour ce voyage ethnographique entre deux cultures culinaires assez éloignées.

Le service à Calgary est pour le moins perturbant et surprenant pour un Français. Tout commence avec les même références pourtant. Le serveur nous invite à nous assoir à une table. On peut négocier le placement si celui-ci ne nous convient pas – avec même un peu plus de facilité qu’en France ! On nous apporte les menus et le serveur commence par prendre nos commandes de boissons. Puis, nous commandons les plats et on nous sert dans un délai raisonnable.

Jusque là tout va bien. C’est ensuite que les conventions entre ce qui définit un « bon » service et un « mauvais » service divergent. Au restaurant, en France, on y va pour socialiser, discuter avec des amis, tranquillement, en prenant son temps. Si par hasard on a besoin du serveur, on lui fait signe en levant la main pour lui demander de l’eau, du pain ou autre. On prend son temps et on discute avec passion la dernière allocution présidentielle, on donne son avis sur la France-Afrique et l’intervention en Centrafrique ou bien on déprime et on râle sur le devenir de la France et du monde.

Ces conversations simples et pleines d’entrain sont impossibles à Calgary. Imaginez, toutes les cinq minutes – montre en main – voici nos discussions emportées interrompues par les préoccupations très terre à terre du serveur: « Est-ce que vous voulez autre chose à boire ? », « Est-ce que le plat est bon ? », « Est-ce que vous avez fini ? » « Est-ce que tout va bien ? », « Voulez-vous commander autre chose ? » Le serveur nous interrompt au milieu d’une envolée lyrique et voici que l’on perd le fil de notre argumentation. La passion retombe devant le visage au sourire forcé du serveur.

Et si on ne l’entend pas, il emploi les grand moyens pour indiquer sa présence : un bloc-note agressivement brandi au-dessus de la table pour prendre une commande qu’on veut nous extorquer de force, une main brutale qui avance dangereusement pour prendre en otage une choppe de bière bien entamée, une tentative perfide de confisquer les couverts et les dernières bouchées d’une assiette. C’est particulièrement vrai dans les pubs.

John Gilchrist

John Gilchrist est le chroniqueur phare de Calgary sur les restaurants et la bonne bouffe. Chaque vendredi matin ce cher John passe en revue sur CBC un restaurant de Calgary. Et des restaurants, il y en a pléthore à Calgary: restaurants chinois, indiens, éthiopiens, libanais, italiens… et même français! Mais généralement, nous n’avons pas les  mêmes critères que lui… L’étude comparative se poursuit!

Mon explication pour comprendre ce service à Calgary tient dans le système du pourboire. En Alberta, les serveurs travaillant dans un pub, ou dans tout autre établissement servant de l’alcool, sont souvent rémunérés au salaires minimum (un peu moins de $10/heure). Du coup, la plus grande partie du salaire provient du pourboire, qui s’est institutionnalisé de façon informelle. La règle tacite veut qu’on laisse entre 15 et 20% du montant de l’addition comme pourboire. Ça fait mal pour un Français…

Dés lors, la logique veut que plus le client consomme, plus l’addition augmente et par conséquent le montant du pourboire augmente également. Donc, plus le serveur pousse à la consommation, plus il augmente son salaire… et c’est pourquoi les serveurs ont intérêt à nous pousser à remplir nos verres vides… et c’est pourquoi ils insistent lourdement pour s’assurer que nos gosiers ne sont pas secs et nos estomacs point vides.

C’est également pour cette raison que l’on presse les clients à finir au plus vite s’ils ne consomment rien. Tout client qui ne mange pas et reste à papoter est un client qui ne rapporte rien. Donc, dés que l’un des convives a fini son assiette, plus rapide que l’éclair, le serveur débarrasse l’assiette du dit convive, et cela même si les autres convives n’ont pas fini la leur. Du coup, ces derniers se sentent obliger d’accélérer la mastication alors que le premier à l’impression d’être un gros glouton. La première fois que cela nous est arrivé à Benjamin et moi, nous sommes restés sans voix. J’ai failli rappeler la serveuse pour lui demander de me ramener mon assiette et de débarrasser la table une fois que Benjamin et moi aurions tous les deux fini. Mais, comme j’essayais d’être canadienne et que l’une des premières règles primordiales apprises est de « Ne pas faire de vague », je n’ai rien dit.

A la défense des Calgariens, les portions sont géantes et si l’on ne finit pas son assiette on peut demander un « doggy bag », pudiquement appelés « boxes ». Rien à voir avec les portions un peu radines des restaurants français que l’on dissimule en les servant dans d’arrogantes assiettes. Mais du coup, pas de dessert, ni d’entrée.

Alors qu’en France, un diner au resto dure au grand minimum une heure, à Calgary, il peut être plié en une trentaine de minutes si vous laissez le serveur vous bousculer. A vous donc de trouver les petites combines pour ralentir le service… Laisser un fond dans votre pinte, quelques bouchées bien en vu dans votre assiette, conserver vos couverts dans les mains… Autant de subterfuges qui freinent les ardeurs du serveur et vous permettent de profiter d’un diner en amoureux ou entre amis, à refaire le monde sans entrave!

Canada-pratique : réussir son expatriation à Calgary

Posted in Acclimatation, Calgary pratique, Travail on octobre 29th, 2013 by Benjamin – 5 Comments

Avec l’ouverture prochaine de la saison des PVT (permis vacances-travail, pour les non-initiés), Aïda et moi sommes régulièrement contactés par de jeunes compatriotes qui réfléchissent à venir avec leur baluchon dans la capitale économique albertaine. Comme ce sont à peu près toujours les mêmes questions qui reviennent, voici une petite compilation de nos réponses. Bien sûr celles-ci sont directement liées à notre expérience personnelle de l’Alberta et d’autres compatriotes pourraient vouloir nuancer nos propos — n’hésitez pas à le faire dans les commentaires.

Est-il facile de trouver un travail ?

Si vous êtes jeune et avez pour seul point de comparaison la France, la réponse est trois fois OUI. Avec 4.3% de chômage, l’Alberta ne connaît pas la crise. Donc oui, il n’est pas difficile de trouver un travail à Calgary. Par contre, cela requiert de bien savoir s’y prendre.

Je ne veux pas travailler dans l’industrie pétrolière ; est-ce que je peux quand même trouver quelque chose ?

L’Alberta est clairement une province qui vit, bon gré mal gré, de la rente pétrolière. Bref, quand le pétrole va tout va et ce sont tous les secteurs économiques qui en profitent. « Work hard, play hard » pourrait être le moto de la ville. Dans le centre-ville, un grand nombre de boutiques, restaurants, cafés, affichent le signe « Hiring!». Les services recrutent également, notamment dans la santé et l’éducation — y compris en français, les écoles françaises étant plutôt recherchées par les Canadiens anglophones. Et si vous travaillez avec un tournevis et un marteau plutôt qu’un ordinateur, la construction et la rénovation se portent bien. Et tout particulièrement depuis les inondations de juin dernier.

Pour être complet, selon plusieurs témoignages il semble en fait assez difficile de trouver un travail dans le pétrole si l’on n’a pas de d’expérience dans le secteur. Par contre,

Comment fait-on pour trouver un travail à Calgary ?

La culture du travail est assez différente d’en France. Voici neuf conseils (+1 bonus) pour trouver un travail à Calgary :

  1. Inutile de démarcher de la France. Si vous n’êtes pas sur place avec un permis de travail, les compagnies ne prendront même pas la peine de vous répondre.
  2. Dès votre arrivée à Calgary, faites les démarches pour avoir votre numéro d’assuré social (SIN) et rendez-vous à Connexion Carrière, l’organisme d’aide aux francophones à Calgary. Leurs ateliers, cours d’anglais, conseils et ordinateurs sont de précieuses ressources pour comprendre et intégrer le marché du travail (voir aussi ce billet).
  3. Mettez à jour votre profil LinkedIn et abonnez-vous à des groupes locaux sur vos centres d’intérêts professionnels.
  4. « Canadianisez » votre CV : les employeurs canadiens font difficilement confiance à notre expérience en Europe. Lancez-vous dans du volontariat (très apprécié) et/ou trouvez-vous un petit travail par exemple chez Tim Hortons (parfait pour pratiquer son anglais et absolument bien vu par les employeurs)
  5. Networkez : allez dans des conférences où vous pouvez croiser vos futurs potentiels collègues. N’oubliez pas de vous faire des cartes de visites au préalable.
  6. Faites des « walk-in » : allez-y au culot ! L’idée est de se pointer dans des entreprises cibles avec un CV et de tenter de forcer le barrage de la secrétaire pour parler avec un manager. (Testé et non-approuvé… mais il paraît que ça peut marcher !)
  7. Inscrivez-vous sur Meetup et tentez de trouver des événements en lien avec le secteur que vous visez.
  8. Recontactez les personnes rencontrées brièvement lors de conférences ou d’évènements Meetup pour une entrevue informelle dans un café. Demandez à la personne de parler de son métier (les gens aiment généralement parler d’eux) et ne donnez votre CV que si on vous le demande. Remerciez toujours après par e-mail.
  9. Trouvez votre stratégie gagnante : la nôtre a consisté à proposer dans différents organismes notre aide comme volontaires — parmi ceux-ci, un Institut de l’Université, qui nous a rappelé quelques semaines après notre entrevue pour nous proposer un travail à tous les deux. J’imagine qu’il y en a pas mal d’autres… reste à trouver la vôtre !
  10. Parlez de la météo : le temps qu’il fait est une obsession un sujet de conversation quotidien pour tout Canadien. Particulièrement pratique pour engager la conversation. (Par extension, vous pouvez aussi mentionner les activités que vous pouvez faire dans les Rocheuses — ski et raquettes en hiver, rando et canoë en été, et au printemps/automne vous avez le droit de vous plaindre.)

Est-il facile de trouver un logement ?

Avec 35 000 nouveaux arrivants par an, Calgary est la ville qui grandit le plus vite au Canada. Bref, la ville affiche un taux d’occupation assez élevé et trouvé le bon logement se révéler un défi, surtout si vous avez des enfants ou des animaux — ne riez pas, un certain nombre d’annonces précisent « Ni enfants, ni animaux ». Pas mal de logements sont proposés en sous-sol (« basement »), avec souvent assez peu de lumière du jour mais une bonne isolation thermique en retour. Pour un toit de quelques nuits, Airbnb peut vous aider. Pour la recherche d’un toit plus durable à Calgary, Kijiji sera votre meilleur ami.

A combien descend le thermomètre en hiver ?

Calgary accueille en hiver une espèce de micro-climat en Alberta : alors que des villes comme Edmonton passent l’hiver à un stable -10°C / -20°C, Calgary connaît de fortes variations de températures. Ce miracle est du au Chinook, ce vend chaud qui se met parfois à souffler des Rocheuses et réchauffe la température de parfois 20 à 30°C. Ce qui fait qu’on peut avoir des températures positives en hiver. Et comme l’air est très sec et le soleil souvent présent, on ne ressent pas tant le froid. En disant tout cela, je me souviens du soir d’hiver où nous avons débarqués de France à l’aéroport… il faisait -30°C et autant vous dire que nous ne faisions pas les malins ! (Mais heureusement, cela ne s’est pas encore reproduit en deux ans)

J’ai peur de m’ennuyer en Alberta…

Si vous aimez le grand air et le sport, vous ne vous ennuierez pas à Calgary. En hiver, vous profiterez des pistes de ski de piste et de ski de fond (les premières stations sont à une heure de route) et ferez des raquettes ; en été, ce sera VTT, rando, canoë, camping… et pourquoi pas voile sur le Glenmore Reservoir. Si vous aimez jouer en équipe, différentes leagues vous permettront de jouer la semaine votre sport préféré — nous jouons au basket avec la Calgary Sport and Social Club. Si vous êtes plutôt citadins, Calgary n’est pas Paris, Londres ou New York, mais il y a une scène culturelle et culinaire en plein développement. Enfin, si vous voulez vous engager dans des mouvements « alternatifs » (jardins partagés, nouveaux modes de déplacements, ateliers de réparation de vélos, « fablabs »…), Calgary vous offrira plus d’une occasion de vous engager.

La nouvelle vidéo promotionnelle de Calgary

PS : si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas à les poser en commentaires. Nous essayerons d’y répondre et de les intégrer au post.

Epilogue : une élection en demi-teintes (violettes)

Posted in Alberta, Calgary, CivicCamp, Politique on octobre 27th, 2013 by Aïda – 2 Comments

Après notre description de notre volontariat à CivicCamp pour apporter un peu de transparence à l’opacité de la campagne municipale à Calgary, nous vous proposons un rapide tour d’horizon des résultats en quatre points.

1. L’annonce des résultats. Lundi soir, les bureaux de vote fermaient à 20 heures. Les Calgariens étaient autorisés à s’absenter quelques heures du travail pour aller remplir leur droits citoyens durant la journée. Nous avions décidé de découvrir les résultats aux côtés d’autres CivicCampeurs dans un pub du centre ville. Ambiance assez surréaliste : entre les chopes de bières et l’ambiance taverne, une flopée de geeks derrière leurs ordis portables à Twitter — autant dire que Benjamin s’est senti tout de suite dans son élément. Pas de sondages ou de résultats préliminaires mais un décompte en direct sur le site internet de la ville. Les 227 stations de votes communiquent leurs résultats les unes après les autres et les résultats sont ajoutés au fur et à mesure au tableau des résultats du site officiel de la ville. Autant dire que les résultats définitifs ne furent connus que très tard le soir, voire très tôt le matin suivant. Hormis pour le ward 1, où le combat a été féroce entre deux candidats au coude à coude. Il a fallu un recompte des votes pour les départager : 86 voix les séparaient. Et apparemment la campagne n’a pas toujours volé très haut, le candidate vainqueur ayant attaqué à mots couverts son jeune adversaire au sujet de son homosexualité, le tout dans un ward plutôt conservateur. Pour l’anecdote, nous étions dans le même pub que l’un des candidats du Ward 8 — un nouveau candidat qui n’a récolté que 6% des votes mais dont l’équipe de campagne était pleine d’enthousiasme.

2. La vague violette. La couleur de campagne de Naheed Nenshi est le violet. Une couleur aux interprétations équivoques : si on mélange le bleu du parti conservateur avec le rouge du parti liberal (en anglais, liberal veut dire de centre gauche), vous obtenez… du violet ! Ni de droite, ni de gauche. D’ailleurs Nenshi est souvent décrit comme étant socialement progressiste mais fiscalement conservateur — une possibilité qui, d’après moi, n’est possible que parce que Calgary connaît une forte prospérité économique. Bref, lundi soir une vague violette a submergé Calgary et Nenshi a raflé 74% des votes ! Une popularité qui fait consensus chez les Calgariens de toutes origines et qui n’a été qu’accrue par la gestion admirable des inondations de juin dernier.

Mayor Nenshi, heureux d’être reconduit pour un deuxième mandat ! Quelques heures avant la fin du scrutin, Nenshi proposait sur Twitter aux internautes de voter pour le choix de sa cravate (forcément violette). Celle aux hachures irrégulières a emporté le scrutin haut la main.

3. L’influence des développeurs renforcée au conseil municipal. Vous vous souvenez des différents couacs du lobby des développeurs au sujet de leur implications dans la campagne ?  Que ce soit lors de la fuite de la vidéo où l’on entendait un des pontes des développeurs expliquer comment ils arrosaient les candidats qui défendaient leurs intérêts ou bien lors de la fuite de la compagnie Excel Homes incitant leurs employés a voter pour les « bons »  candidats… Alors quel bilan? Parmi les 14 conseillers élus, 8 étaient dans la liste des développeurs, parmi eux 6 se représentaient pour briguer un nouveau mandat. Ces six candidats avaient également reçu le soutien de Nenshi au début de la campagne, donc le rapport de force n’est pas très clair. Dans notre ward (le 7), la candidate, hostile aux développeurs a été ré-élue haut la main.

4. Entre conservatisme et progressisme : parité et jeunesse. La ville fait moins bien que lors des élections précédentes : seules deux femmes ont été élues au conseil municipal. Dans le ward 4, la candidate qui se représentait, assez progressiste et ouvertement anti-développeurs, a été battu par le candidat des développeurs. Pour se consoler, et tenter de montrer que les villes en Alberta deviennent de plus en plus progressistes, notons que les maires de Red Deer, de Banff et de Fort MacMurray (ville la plus proche de l’exploitation des sables bitumineux) sont des femmes. Notons également, qu’une vague de maires jeunes et dynamiques a aussi déferlé sur les grandes villes de l’Alberta : 34 ans pour le maire d’Edmonton, 35 pour celle de Red Deer et 41 pour Nenshi. Dans une province où la moyenne d’âge est de 36.5 ans, c’est plutôt une agréable note d’optimisme pour la province (et nous-mêmes).

5. Le taux d’abstention remporte la majorité — comme d’hab. Étrangeté de la langue anglaise, on ne parle pas de taux d’abstention mais uniquement de taux de participation (voter turn-out). Ce taux d’abstention est un autre canard boiteux des élections municipales. Seuls 33% des Calgariens sont partis voter. A comparer avec les 53% de 2010, mais également les 33% en 2007. A Edmonton, le taux de participation était de 34,5%, en progression par rapport à 2010 où le taux de participation était de… 34,4%. La seule ville qui a connu un record en matière de taux de participation est la petite ville de High River, avec 61%. Ceci peut s’expliquer par la gestion controversée des inondations de juin dernier où une grande partie de la ville s’est retrouvée engloutie.

Notre théorie, est que l’Alberta est entrée dans une sorte d’ère post-politique. Le taux élevé d’abstention n’est pas vraiment du à un rejet de la classe politique puisque les candidats des élections municipales ne sont pas affiliés à des parties politiques. Il s’agit plutôt d’une indifférence. Famille, maison et individualisme sont le moto de la province : pour vivre heureux, vivons cachés dans notre nid, inutile d’aller voir plus loin — et de prendre le risque de perturber le petit train-train tranquille. Dans une province particulièrement américanisée, on a aussi l’impression que le politique n’a plus vraiment de pouvoir et que le seul vrai pouvoir est économique. Pour le dire autrement, les Albertains ne sont plus des citoyens mais des consommateurs. Une impression renforcée par le laxisme en matière de financement des campagnes. C’était d’ailleurs là le point  de notre départ de notre intérêt pour les élections municipales : c’est quoi cette province où les entreprises achètent les candidats aussi ouvertement ?!

Les deux pieds dans la démocratie locale

Posted in Alberta, CivicCamp, Politique on octobre 20th, 2013 by Benjamin – 5 Comments

Ce lundi, ce n’est pas seulement le jour où je prends une unité supplémentaire. A Calgary, c’est surtout le jour des élections municipales. Le jour où les électeurs s’expriment sur le devenir de Calgary. Si les enjeux ne sont pas très nombreux, mais ils sont néanmoins suffisamment importants pour qu’Aïda et moi aient eu envie d’apporter notre grain de sel dans ce grand micmac somme toute bien albertain.

Ce qu’il faut savoir au sujet du Conseil Municipal

Le Conseil Municipal est constitué d’un maire et de 14 conseillers (représentant 14 circonscriptions, appelées wards). Mais pour le dire franchement, la ville n’a pas tant de pouvoirs que cela : elle s’occupe de la police et des pompiers, des infrastructures en réseau (routes, énergie), du développement urbain (pas un sujet mineur à Calgary)… et c’est à peu près tout !

Une grande différence d’avec la France : pas de scrutin de listes, et encore moins de parti politique invoqué dans cette élection. Les candidats ne représentent qu’eux-mêmes et font du porte à porte pour convaincre leur concitoyens qu’ils sont les meilleurs — ou les inciter à poser un petit panneau publicitaire sur leur pelouse. Du coup, avec nos yeux habitués à la politique française toute bien codifiée, il nous semblait parfois difficile de lire les oppositions entre candidats.

En fait, si : il y a bien un sujet qui divise, voir qui fâche les Calgariens et divise les candidats : l’étalement urbain. C’est un sujet important pour toute agglomération, mais encore plus pour Calgary, qui s’est agrandit de manière spectaculaire dans les deux dernières décennies. Sachant que le financement des candidats est réglementé et contrôlé de manière assez laxiste en Alberta, cette histoire de pro- ou anti- étalement urbain allait devenir notre clé de lecture pour décrypter ces élections. Et même davantage au final : notre engagement. En bons petits Français animés d’un esprit contestataire — si, si, ne riez pas.

Prologue : réactivation de CivicCamp

L’histoire commence un soir de février 2013 à l’occasion d’un événement de réactivation de CivicCamp, sur la forme d’une « non-conférence » : pas d’intervenants, juste une vidéo pour lancer la discussion sur ce qui fait qu’une ville est vivante — ou plutôt, comme ils aiment à dire ici, vibrant. Chacun écrit sur des petites cartes les idées qui lui viennent en tête et le grand groupe se recompose en petits groupes de travail sur les thématiques qu’il a choisies. Aïda avait choisi de réfléchir sur les modes de déplacements doux — de mon côté, je rejoignais le groupe de réflexion sur les prochaines élections, articulé autour d’une idée : comment faire pour que les Calgariens aient un vote éclairé ? Perso, j’en avais aucune idée — je ne savais même pas comment fonctionnait le système politique local.

Pour la petite histoire, CivicCamp est un groupe de citoyens qui s’est formé avant les élections de 2010 autour de quelques grands principes (transparent, démocratique, non-partisan, ouvert à tous) et quelques idéaux (progressisme, transparence, développement durable, participation citoyenne). Et pour être sûr que la structure ne soit jamais gangrenée par quelques uns, les fondateurs ont pris soin de ne jamais lui donner une existence légale — ni entreprise, ni association, ni fondation. De sorte que CivicCamp c’est tout le monde et personne à la fois. Ou plutôt, c’est n’importe qui qui vient à une réunion avec la conviction de ses idées et l’envie de les mettre en oeuvre.

Pour être complet, le maire actuel de Calgary (le sémillant Mayor Nenshi, nous reviendrons un peu plus loin sur lui) est l’un des initiateurs de CivicCamp. Ce qui fait que beaucoup de ses détracteurs voient en CivicCamp une organisation à son service.

Episode 0 : un développeur immobilier déclare qu’il souhaite « acheter » les candidats

En avril 2013, une vidéo fuite sur Internet. Capturée au téléphone portable et révélée par Global News, on y voit le fondateur d’une entreprise de construction de maisons (Shane Homes) expliquer son plan (diabolique, forcément) pour prendre le contrôle du conseil municipal en soutenant des candidats pro-développement urbain. Petite anecdote croustillante : il écorne au passage certains actuels conseillers municipaux sur le thème « on les a financés comme il fallait en 2010, mais on comprend pas pourquoi ils ne votent jamais pour nos projets ». Bref, l’idée est de faire mieux en 2013 et surtout d’être mieux organisés !

Parce que oui : le très populaire Nenshi a certes toutes les chances d’être reconduit dans son fauteuil, mais les décisions sont prises à la majorité, avec une voix pour chacun des 15 membres du Conseil. Le plan de bataille est donc, à mots non couverts : on ne touche pas au maire, mais on lui adjoint des conseillers qui vont voter nos grands projets d’étalement de la ville.

Episode 1 : qui a financé qui en 2010 ? Une opération de libération des données

L’idée était déjà dans les tuyaux de notre groupe de travail. Mais la bombe lancée par le malheureux constructeurs de maison n’en a que mieux souligné l’urgence : il faut apporter un peu de transparence sur le financement des candidats. D’un côté, notre groupe se lançait dans le déchiffrage du code électoral albertain — l’un des plus laxistes libéraux au Canada. De l’autre, nous réfléchissions comment numériser toutes les données concernant le financement de la campagne de 2010. Car si la ville de Calgary rend bien public les comptes de campagne de chacun des candidats, c’est sous forme d’image des fichiers Excel, le tout au format PDF. Avec en prime de nombreuses erreurs de calcul (les comptes ne sont pas audités), des interprétations à géométrie variable du code électoral (révéler ou pas les noms des participants aux événements de levée de fond, telle est la question), et de nombreux caviardages pour mieux masquer certaines données.

Qu’à cela ne tienne, l’idée étant de « libérer » ces données (emprisonnées dans leur horible format PDF) et de les rendre aux Calgariens, j’ai développé une petite application en ligne qui affiche aléatoirement une ligne d’un PDF à la fois. De l’autre côté du clavier, des centaines de volontaires prenaient tous les jours quelques minutes pour reporter dans les bons champs (nom, prénom, montant, société, etc) les informations affichées à l’écran. Ce fut l’excitante phase « crowdsourcing » de notre projet — vous vous souvenez très sûrement de nos appels à l’aide insistants sur Facebook/Twitter à cette époque !

Dans les mois qui ont suivi notre petit groupe a méticuleusement vérifié ces données et tenté d’affecter un secteur à chacune des sociétés qui avaient contribué aux campagnes des candidats, à grand coups de clics sur Google et sur Yellow Pages. La dernière étape a consisté à créer des visualisations interactives pour permettre aux Calgariens de jouer avec ces données — cliquez ici pour explorer les dessous du financement de la campagne 2010.

Ce graphique montre le financement des élections de 2010 au niveau de la campagne — le site propose des visualisations pour comparer circonscriptions et candidats.

Le verdict est sans appel : les contributions des développeurs urbains et autres entreprises de l’immobilier représentent plus de la moitié des contributions provenant des organisations.

Episode 2 : poser les enjeux de l’élection municipale

En parallèle du travail sur le financement de l’élection 2010, notre petit groupe (qui rétrécissait un peu plus chaque mois) s’est mis dans l’idée de créer un guide présentant les enjeux des élections 2013. Au programme de ce guide de 16 pages, une série de courts articles sur ce que fait le Conseil Municipal, la participation aux dernières élections (pas fameuse-fameuse), la crise du logement, la maîtrise de l’étalement urbain (un fléau endémique), le développement des transports en communs, les récentes inondations, le besoin de transparence au sujet du financement des campagnes — pour n’en citer que quelques uns.

Vous l’avez compris, l’idée sous-jacente est comment faire de cette très jeune ville (en âge, comme en population) une ville toujours plus agréable à vivre… et soutenable. Si le coeur vous en dit, vous pouvez jeter un oeil à ce pamphlet (comme disent nos amis Québécois) par ici.

Edité a plus de 800 exemplaires (en plus d'une version Web), le guide a été distribué/placardé un peu partout dans la ville — ci-dessous, notre activisme politique dans les rues de Kensington.

Edité a plus de 800 exemplaires (en plus d’une version Web), le guide a été distribué/placardé un peu partout dans la ville — ci-dessus, coincé entre un concert de rap et un autre de métal (?) sur un panneau d’affichage public dans les rues de Kensington.

Episode 3 : organiser des débats entre candidats

L’une des initiatives les plus médiatisées de CivicCamp a été l’organisation de Forums dans chacune des circonscriptions, ainsi qu’un autre pour le fauteuil du maire (un scrutin à part). Même si les règles du débat étaient plutôt strictes — la discussion se fait uniquement entre le public et les candidats, et non entre candidats — c’était une occasion unique de réunir sur un même événement tous les candidats et de recueillir leurs points de vue.

Le débat entre candidats au fauteuil de maire était l’un de ceux qui valait son pesant de cacahuètes. Pour paraphraser le Calgary Herald, il y avait le type qui avait annoncé les inondations quelques semaines avant qu’elles n’arrivent (rappelez-vous), le type qui a attaqué les médias (sûrement le Mélanchon local), le type qui a dit qu’il sait qu’il ne va pas gagner, le type qui a disserté sur son amour du barbecue (le seul candidat sérieux face à Nenshi, qui revenait tout juste d’un concours au Kensas), le type qui a lu sa bible, averti de la vengeance de Dieu sous forme de prochaines inondations et a dénoncé les risques d’avoir un maire musulman (je vous rassure, celui là a beaucoup fait rire — d’ailleurs, si vous voulez une tranche de rire à peu de frais, jetez donc un oeil à son site Internet).

Et puis bien sûr, il y avait Nenshi (Mayor Nenshi, rappelez-vous). Un type atypique, né de parents Indiens originaires de Tanzanie, diplômé de Harvard, musulman, charismatique et drôle, très actif sur les réseaux sociaux, et qui avait créé la surprise en se faisant élire en 2010. Un type avec une vision très progressiste pour Calgary dont le seul défaut (il faut bien qu’il en ait un) est son ego… parfois un peu plus grand que lui.

Ah, et puis bah non pas de femmes. Enfin, la seule femme qui se présentait au fauteuil de maire n’est pas venue au forum. (Mais rassurez-vous, la gente féminine est plutôt bien représentée dans les autres circonscriptions.)

En quelques semaines, pelouses et trottoirs se sont parés des couleurs de la campagne.

En quelques semaines, pelouses et trottoirs se sont parés des couleurs de la campagne.

Epilogue(s)

Le vrai épilogue sera demain, lundi 20 heures, les résultats de l’élection. Mais il faut aussi avouer que même si les panneaux publicitaires sont sur les pelouses de toutes les maisons (hormis devant chez nous, notre bail nous l’interdisant), le porte à porte des candidats et les robocalls (ces appels téléphoniques réalisés par des robots pour pourchasser l’électeur jusque dans ses déplacements) presque quotidiens, l’élection omniprésente dans les médias, il me semble que le Calgarien de base n’est pas vraiment intéressé par ce scrutin. Pour preuve, la participation n’a été que de 53% en 2010 — contre 33% en 2007.

Toutefois, plusieurs événements récents nous confortent dans l’idée que les enjeux de soutenabilité et d’étalement urbain sont cruciaux à Calgary. Le dernier en date est la fuite, il y a quelques jours, d’un e-mail envoyé en interne d’une grosse entreprise de BTP et de développement urbain. Envoyé par un dirigeant à ses employés, il disait en substance : « les élections sont importantes pour notre secteur, alors vous trouverez en pièce jointe la liste des candidats que nous soutenons et pour laquelle il serait bien de voter » — lire l’histoire complète ici.

Enfin, un autre niveau de lecture me paraît extrêmement intéressant à analyser : il se joue à Calgary quelque chose qui dépasse Calgary. En effet, Calgary est le berceau du courant néo-libéral canadien (magistralement incarné dans toutes ses nuances par Stephen Harper à la tête du pays), généralement connu sous le nom d' »Ecole de Calgary » et alimenté en idées par l’Institut Manning. Mais Calgary est aussi la capitale économique de la province canadienne la plus conservatrice, dans laquelle un groupe d’universitaires et d’intellectuels se sont regroupés en 2010 avec la conviction que les choses pouvaient être autrement (CivicCamp, si vous avez suivi), et où l’un d’entre eux est même parvenu à se faire élire haut la main. Ce billet est déjà bien trop long (quoi, vous me lisez toujours ?), mais il me semble qu’il y a là quelque chose de tout à fait inédit en Amérique du Nord, peut-être une sorte de « signal faible »,  sur lequel nous reviendrons bientôt.

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Post-scriptum : notre volontariat auprès de CivicCamp est l’une des raisons pour lesquelles nous n’avons pas beaucoup blogué récemment. Nous allons essayer de reprendre un rythme un peu plus régulier — eh oui, nous avons pas mal de choses à raconter !

Lueurs dans la nuit

Posted in En photos on octobre 14th, 2013 by Benjamin – 1 Comment

Les jours raccourcissent. Les premières gelées matinales font leur apparition. En quelques jours, les arbres ont ajouté de nouvelles teintes à leurs feuilles. Pas de doute nous sommes en automne au Canada. Outre la dinde farcie (Thanksgiving était ce week-end) et les concours de citrouilles sculptées (Halloween est dans deux petites semaines), la saison n’est pas sans manquer d’attraits. Et pour peu que vous soyez un peu couche-tard, sortez et levez les yeux — c’est de la magie dans le ciel de Calgary…

Aurore boréale sur Dowtown Calgary (photo de Neil Zeller — www.neilzellerphotography.com)

Aurore boréale sur Dowtown Calgary (photo de Neil Zeller — www.neilzellerphotography.com)

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Dès que l’on s’éloigne un peu de la ville, les couleurs deviennent encore plus spectaculaires (photo de Neil Zeller — www.neilzellerphotography.com)

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(photo de Neil Zeller — www.neilzellerphotography.com)

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Certains lieux prennent un caractère totalement irréel (photo de Neil Zeller — www.neilzellerphotography.com)

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Aurore boréale au dessus d’un vieux corps de ferme (photo de Neil Zeller — www.neilzellerphotography.com)

Bon, pour être totalement franc, nous n’avons pas encore eu l’occasion de voir ce fascinant spectacle de nos propres yeux. L’une des raisons principales est que les plus belles aurores ne débutent généralement pas avant une à deux heures du matin — heure à laquelle nous sommes chaudement au fond de notre lit ! Mais l’idée de faire une petite virée nocturne entre amis fait son chemin…

Si vous voulez découvrir d’autres photos de Calgary et de l’Alberta par le talentueux Neil Zeller : www.neilzellerphotography.com